vendredi 14 juin 2013

L'Homme qui marche

Jirô Taniguchi

Casterman Écritures
155 pages
1992


(Lecture partagée avec  manU )


 
 

Le toucher, l’ouïe, l’odorat, la vue, le goût, voilà nos cinq sens à l’honneur dans ce délicieux manga qui va nous ramener aux vraies valeurs.
Après les kilos pris avec «Le Gourmet Solitaire» de Jirô Taniguchi, il me fallait bien pour éliminer poursuivre avec ce même auteur et marcher, marcher et marcher encore.
Quel bonheur de flâner au coté de cet homme paisible et tranquille, de cet écrivain à la plume si sereine et au dessin aussi délicat que captivant. La lecture de ce manga a réveillé en mon for intérieur une zen attitude que j’avais quelque peu mis de coté ces derniers temps. Le stress laisse place aux futilités et nous éloigne peu à peu des saveurs qui nous sont offertes chaque jour par la nature. Quel dommage !
Avec L’Homme qui marche, tout reprend sa place, l’essentiel reprend ses droits. Après une journée dure ou stressante, venez l’accompagner au gré du vent, au détour d’un chemin, d’un ruisseau et prenez le temps d’apprécier les petits riens. Laissez-vous porter par la brise dans vos cheveux. Fantasmez sur le sourire, le déhanché  d’une femme ou le regard sulfureux d’un homme. Ecoutez le clapotis de la pluie, le chant d’un rossignol ou le claquement harmonieux des talons aiguilles sur le pavé. Arrêtez-vous quelques minutes et observez le vol d’un oiseau, d’un papillon, d’une feuille qui se décroche de sa branche et qui virevolte lentement avant d’atteindre son but final. Humez, au hasard des rencontres, la douce fragrance d’un parfum supérieur... Allongez-vous au pied d'un arbre et rêvez les yeux ouverts. Laissez perler sur vos doigts la rosée matinale et marchez pieds nu sur la pelouse ou le sable chaud. Un Je T’Aime à la volée, le Bonjour d’un inconnu, nous passons à coté de toutes ces choses merveilleuses tous les jours sans les voir ni les entendre, obnubilés que nous sommes par notre carcan quotidien.
Ce livre en dit peu par les mots mais les dessins se suffissent à eux-mêmes. Après une telle lecture, nous réalisons où est l’important, le vrai bonheur. Il est juste là, devant nous, tout près, il suffit d’ouvrir grand les yeux, d’observer et de tendre la main.
Besoin d’un lâcher-prise ? Venez déambuler avec l’homme qui marche. Ce manga est un poème, une douce odeur qui vous rappelle votre enfance, un moment de pur bonheur, comme un retour aux sources.
Alors lève-toi et marche…
Antho que tu lises ce billet ou pas, il t’est dédié. Allons marcher dans les allées d’un cimetière, nos chers disparus ont tant de secrets à nous raconter, ensuite, nous longerons  la plage et rendrons le  coquillage à la mer. Regarde! la vie est là simple et tranquille. De belles choses nous attendent…
 
C'est vrai...A quoi bon se presser...
 
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mardi 11 juin 2013

Le Gourmet Solitaire

Jirô Taniguchi
Masayuki Kusumi


Casterman
198 pages

 

Voyage gastronomique au pays du soleil levant. La cuisine Japonaise n’a plus de secret pour moi. Après toutes ces recettes, ces menus plus alléchants les uns que les autres, je suis fin prête pour vous préparer un repas dans la pure tradition nippone. Ce manga, tsunami de saveurs et d’émotions, vous met l’eau à la bouche dés l’entrée et vous régale jusqu’au dessert.
Quelque peu désorientée  par la lecture de droite à gauche, j’avoue qu’il m’a fallu un petit temps d’adaptation et parfois une relecture de la page afin de la savourer à sa juste valeur. Mais très rapidement j’ai été rattrapé par les dessins onctueux et la plume aigre-douce de Tanaguchi.
 
Fin gastronome et importateur indépendant, cet homme solitaire va durant dix-huit jours exciter nos papilles gustatives et nous balader dans les plus beaux quartiers de Tokyo ainsi que quelques villes afin de nous faire découvrir la fine gastronomie de son pays. Rien ne lui échappe, les grands comme les petits restaurants, les mets raffinés ou la cuisine rapide de comptoir. Tout va passer sous son regard et son palais critique.
Pas d’horaire pour passer à table, sa journée est rythmée par son travail mais surtout par ses  fringales permanentes qui lui permettent de découvrir et de nous présenter les spécialités typiquement  locales. Chaque jour un menu et le plaisir de le regarder passer à table, de découvrir en même temps que lui son plat du jour. Un vrai cérémonial. On salive de plaisir de voir ce gourmet solitaire repu. Voilà un livre, délicieux mille feuilles, où finalement il ne se passe pas grand-chose et c’est là que Taniguchi est  maître en la matière car une fois que l’on a gouté à ce manga on ne peut le lâcher, par curiosité et surtout par gourmandise.
   
Ce gourmet n’est ni pressé ni stressé, il a ce qu’on appelle au Japon un sacré "Yogû". Il prend le temps d’apprécier et de savourer son repas, plus rien n’existe quand il est à table. Il honore chaque bouchée, chaque cuillerée, cela en devient presque jouissif de le regarder déguster son Takayaki, beignet de poulpe, ou un Mamekan, divine pâtisserie japonaise.
Au fil des restaurants, des décors nippons,  des menus et de son appétit, sa mémoire et sa langue se délient pour nous laisser entrevoir une petite fenêtre sur son passé, ses amours, sa vie comme une auto-psychanalyse par la bouffe.
 
Si je l’avais suivi dans ses festins quotidiens, je serai une vraie petite Sumo. En attendant, je veux bien devenir votre geisha pour un soir et vous préparer, le souvenir d’un riz à la sauce Hayashi accompagné de ses bouchées à la viande façon  Sûmaï, un délicieux Wagashi au doux nom sucré d’Amanatto suivi pour la digestion d’un bon saké.
 
Vous avez encore un petit creux ? Rendez vous  avec Le Gourmet Solitaire, une histoire sans faim !
 
 
 抱擁
 
 
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vendredi 7 juin 2013

BLAST

Grasse Carcasse - 1

Manu LARCENET
Edition DARGAUD
204 pages
2009

 
 
Attention au
 


!


Effet de souffle, onde de choc, surpression et explosion. S’il se propage plus vite que le son  et qu’il entre dans votre corps, il provoque des dégâts internes considérables.

Polza Mancini 38 ans, écrivain, est un personnage hors norme. Obèse, il pèse 150 kg, une grasse carcasse mais également une masse lourde d’émotion, de naïveté et d’espoir, il peut même s’envoler. A la mort de son père, Polza foudroyé par le Blast,  va tout laisser tomber et devenir clochard par choix. Il réalise enfin qu’il est libre et que désormais il ne décevra plus personne. Plus de minute réglementaire, il a tout son temps et il le prend. Sa vie d’errance  le mène vers Carole mais il se retrouve en garde à vue, soupçonné d’avoir fait du mal à cette femme s’en que nous sachions réellement quoi. Les deux flics en quête de vérité et en soif de pouvoir, tels deux hyènes, vont pourtant devoir attendre de longues heures car le présumé coupable n’a pas l’intention de révéler la vérité à la va-vite mais souhaite expliquer avec précision le raisonnement de ce geste qui le condamne d’avance. Il nous guide lentement et doucement vers l’origine de son mal et nous emmène dans les méandres de son enfance et de ses sentiments les plus profonds. Il pèsera minutieusement la teneur et la nuance de ses propos.

Parfois nos actes ne nous appartiennent pas directement. Un criminel est-il le seul responsable quand on réalise que son enfance n’a été que brutalité, violence, haine et misère sociale ? Qui est le plus condamnable, la personne qui a porté le geste, ses parents castrateurs qui l’ont mal aimé, le voisin pour s’être tu ou la société pour lui avoir tourné le dos ?
 
Polza, nous semble dépourvu de sentiments et pourtant quelque chose nous attache à lui s’en savoir quoi exactement. Il nous balade entre chimère et réalité sur son chemin de croix et nous restons bouche bée à écouter et comprendre son histoire. Toujours sur le fil du rasoir nous nous attendons à chaque seconde à ce que ce personnage bascule dans la folie, mais Polza reste maître du jeu, il tient les rênes et nous tient à la gorge.
Le coup de crayon, les dialogues et les silences, voilà les maîtres mots qui caractérisent le génie de Larcenet. Son graphisme est inimitable, les mots frappent avec justesse et ses silences nous en disent long.
C’est avec bonheur que j’ai retrouvé l’auteur du «Combat ordinaire»  en plus puissant, plus grave, plus tortueux. On aime ou on déteste mais on ne peut être mitigé. Ce premier volet est un pur Chef-d'œuvre. Récit éprouvant et déconcertant qui alterne garde à vue et souvenirs.
Blast ou comment une explosion d’émotion peut bouleverser une vie.
 
"La légitimité du dégoût face à la difformité est un principe universel. Quand j'étais enfant, il paraissait acquis que c'était là une loi naturelle à laquelle il était juste de se plier... alors peu à peu, l'anomalie n'est plus une simple fraction d'une personnalité plus complexe, plus riche... l'anomalie est votre identité". 
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Une ardente patience

(Le facteur)
Antonio SKARMETA

Editions : POINTS
156 pages




La réunion de deux êtres que tout oppose. Un cahot sur le chemin de la vie qui vous détourne de votre voie et vous bouleverse jusqu'au plus profond de votre âme. Ils n'avaient rien en commun si ce n'est  un désir de s'abreuver de la vie jusqu'à plus soif.
Mais il est des rencontres qui ne peuvent s’oublier quand elles sont placées sous le signe du sublime et de la poésie. Lorsque au hasard de votre chemin un homme célébrissime se hisse vers vous et que ce monument se nomme Pablo Neruda comment rester de marbre ? Un homme comme il en existe peu, un vrai terrien, entier et passionné. Un homme amoureux  de la vie et  de ses semblables.

1969. Le Chili, est un pays épris de liberté, de démocratie, charnel et marqué par les premières télévisions en couleurs. Mario, 17 ans, ne souhaite pas suivre la lignée des pêcheurs comme son père et la plupart des hommes du village. Mario est amoureux des mots, il rêve d’écriture de poésie, de littérature  alors quand on lui propose de devenir facteur et d’avoir pour seul et unique client Pablo Neruda, Mario voit là une opportunité rêvée pour faire une des plus belles rencontres de sa vie.  Il ne lâchera plus le poète. Il marchera dans ses pas en se nourrissant de chacune de leurs discussions.  L'homme de lettres se sentira, au début, quelque peu agacé par son altruisme et son affront. Mais peu à peu tel le Petit Prince et le Renard, ils parviendront à s'apprivoiser et apprendront à se faire confiance mutuellement.  Comment peut-on résister à ce jeune homme attendrissant, naïf et plein de surprise ? Cette rencontre pleine de verve,  d’échange et de magie se transformera en une belle et forte amitié. Deux êtres que tout opposait parviennent à se trouver bien au-delà des différences. Et les barrières liées à leurs âges et à leurs milieux fondent sous l'effet des liens extraordinaires qui doucement  se nouent.
Mario sera pendu à ses lèvres se nourrissant des paroles de son  maître absolu. Il apprendra à ses côtés à faire chanter les mots tandis que Pablo Neruda y retrouvera la ferveur de sa jeunesse passée et un certain amusement. Echanges de bons procédés.
Mario lui demande de lui enseigner le verbe afin de courtiser la belle Béatriz. Il lui enseigne les rudiments de la poésie, des mots, des phrases. Mais tandis que Mario apprend à dire l'amour et se consumme pour Beatriz, le Chili, lui, brûle et se perd dans une tourmente politique sans précédents. Balayés les mots d'amour et le lyrisme, il ne reste plus que les cendres incandescentes d'une terre meurtrie...Et aussi l'exil.

Un face à face inoubliable, on rit, on pleure et on referme ce livre avec une certaine tristesse.
Une ardente patience un livre d’une poésie à couper le souffle !

Un livre sur une rencontre inoubliable, puissante et profonde. Au hasard des lignes, entre deux mots échangés, une rencontre de l'instant qui apaise le coeur et réconforte l'âme.
 

Une rencontre pareille à celle entre deux lecteurs reliés par une amitié sincère au-delà des années, de la distance et des différences.

Très Bon Anniversaire à toi Claude. Puissent ces liens qui parfois nous dépassent perdurer dans le temps,  dans la vie et bien au-delà.

Abraço Grande

Hahasiah & Chris
 


 

Post it :
Une Mention particulière à une jeune femme pétillante, surprenante et à la plume sublime. Merci  ma Pestouille pour ce cadeau qui m'a mené vers Mario et Pablo. Ce fut une rencontre tout en émotion, en profondeur et une histoire magnifique. Puisse la vie te guider vers des rencontres inoubliables, apaisantes et heureuses. 
 
Chris 
:D
 
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dimanche 2 juin 2013

Dimanche Classique I

Lettre à l'immortelle Bien-aimée de Ludwig Van Beethoven

Sur une musique de L.V. Beethoven
Piano : Hélène Grimaud
Moonlight Sonata -Adagio - Sostenuto


 
 
           Mon Ange, mon tout, mon moi - seulement quelques mots aujourd'hui, et cela au crayon
           - avec le tien - (...)
 
Au lit mes pensées se pressent déjà vers toi, mon immortelle Bien-Aimée, parfois joyeuses, puis de nouveau tristes, demandant au Destin s'il nous exaucera.
 

Vivre, je ne le peux qu'entièrement avec toi ou pas du tout, j'ai même résolu d'errer au loin jusqu'au jour où je pourrai voler dans tes bras et pourrai me dire tout à fait dans ma patrie auprès de toi, puisque, tout entouré par toi, je pourrai plonger mon âme dans le royaume des esprits.
 

Oui, hélas ! Il le faut, tu te résigneras d'autant mieux que tu connais ma fidélité envers toi, jamais aucune autre ne peut posséder mon cœur, jamais, jamais.
(…) Ton amour a fait de moi à la fois le plus heureux et le plus malheureux des hommes. A mon âge, maintenant j'aurais besoin d'une certaine uniformité de vie, peut-elle exister, étant donné notre liaison ? Mon Ange, je viens d'apprendre que la poste part tous les jours, et il faut donc que je m'arrête afin que tu reçoives cette lettre tout de suite.

Sois calme, ce n'est que par une contemplation détendue de notre existence que nous pouvons atteindre notre but, qui est de vivre ensemble.

Sois calme, aime-moi. Aujourd'hui, hier, quelle aspiration baignée de larmes vers toi, toi, toi, ma vie, mon tout !
Adieu, oh ! Continue à m'aimer, ne méconnais jamais le cœur très fidèle de ton aimé L.
 

à jamais à toi,
à jamais à moi,
à jamais à nous.


7 juillet 1812 
 

  appartement n'est réservé avec certitude que jusqu'à demain, quelle inutile perte de temps avec ces détails - pourquoi ce profond chagrin, lorsque la nécessité parle - Notre amour peut-il survivre autrement que par des sacrifices, qu'en ne réclamant pas tout, peux-tu changer que tu ne sois pas toute à moi pas entièrement à toi _ Ah Dieu