mardi 16 juillet 2013

Le retour à la terre

1. La vraie vie

Manu Larcenet
&
Jean-Yves Ferri

Editions Dargaud

(Lecture partagée avec manU )

 

Karoutcho ! En dialecte paysan « Ravi de vous rencontrer ».
 
Ben ouais, ne s’improvise pas campagnard qui veut, surtout quand on est un vrai titi parisien.
Alors que se passe-t-il quand un petit rat des villes, auteur de bande dessinée, se retrouve en rase campagne et qu’il n’y a plus la pollution, la cohue du métro, le trafic, les bouchons, les vols à l’arraché ? Et bien c’est la déprime totale ! Ce silence déconcertant, ces fleurs aux parfums enivrants, ces  papillons virevoltants, ces pittoresques voisins omniprésents, la neige, le cui-cui des oiseaux, au secours, c’en est trop ! Je veux mon périph et ses gaz  d’échappement, ma station Châtelet-les Halles, mon B.H.V Rivoli, les quais, la seine,  le bruit.
Rendez-moi mon bitume, ma métropole ! Non, Paris n’est pas si moche !
Pour Manu Larssinet trop de nature tue la nature. Venant tout droit de l’Essonne pour s’installer aux Ravenelles, village paumé au fin fond de la cambrousse avec seulement 89 habitants, il n’a plus qu’une idée en tête, repartir au plus vite dans sa banlieue, s’enfermer entre les quatre murs de sa cité et retrouver son inspiration envolée au milieu des vaches et des papillons. Mais Mariette, sa douce et tendre ne l’entend de cette oreille. Et puis, n’y a-t-il pas la belle boulangère et ses belles miches ?
Quand Manu Larcenet dessine Manu Larssinet et que Ferri rajoute sa signature, c’est hilarant. Ils usent de l’autodérision pour nous conter le quotidien d’un homme comme vous et moi. Ils ne vont pas l’épargner. Rien ne leurs échappent, vécu garanti ! Pas de pitié ni pour le rat des villes ni pour les rats des champs, même le chat citadin a perdu son instinct de chasseur.  Ils brossent les portraits  de ces personnages avec humour, subtilité et toujours avec tendresse.  Une fois de plus, le duo d’auteurs tape dans le mille.
 
Le retour à la terre, une cure de désintoxication et un beau voyage vers la vraie vie.

Ferri & Larcenet, une bouffée d’air pur !
 
 
Pour un bol de fraicheur la chronique de manU c'est Ici
 
 
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dimanche 14 juillet 2013

Au vent mauvais

Récit de Rascal
Dessin de T. Murat

Editions : FutuRoPoliS
Mars 2013
110 pages

(Offert)


"Variations de Goldberg de J.S Bach"
 

Il y a des jours, comme ça, où rien ne se passe comme on le souhaiterait, il y a des vents contraires, des vents mauvais …
«Le ciel est par-dessus le toit
Si beau, si calme …»
 
Tel Verlaine, Abel Mérian, observait ce monde à travers une fenêtre flanquée de trois barreaux. Il regardait la vie défiler à grande vitesse. A sa sortie de prison je suis rentrée dans sa tête et je ne l’ai plus lâché. Peu m’importe son passé, son délit, pour moi Abel, est un homme bien que j’ai envie de connaître, de comprendre, d’aider et d’aimer. Il a cette retenue, cette mélancolie  que j’admire chez les hommes et pourtant c’est un volcan prêt à entrer en éruption.
 
Seul et sans illusion, il se débarrasse de ses vieilles guenilles et va dépenser sa solde pour ressembler à un homme ordinaire, mais quel bel homme ! Il a un but, qu’il attend depuis sept ans, sept longues années. Il se dirige vers une vieille usine désaffectée pour récupérer son butin et tirer un trait sur son passé. Mais le vieux bâtiment fait place à un musée flambant neuf. Envolés ses projets, ses rêves, il est dans la merde jusqu’au cou.
 
Submergé par ses idées noires, les «variations de Goldberg» le ramènent soudain à la réalité par le biais de la sonnerie d'un portable oublié.  Il décroche et une douce et jolie voix lui demande de lui renvoyer le portable en Italie où elle est sur le point de se rendre. Abel, séduit, accepte mais va quelque peu fouiller dans le portable de cette inconnue et va s’immiscer dans ses textos, ses photos, son ex, ses copines, ses joies, ses peines, sa vie en somme.
 
Lui renvoyer son portable ? Mais pourquoi ne pas lui remettre en main propre en Italie ? Il vole une voiture au hasard de sa route et le voilà parti seul vers l’inconnu. Seul ? Pas vraiment. Son chemin va être jalonné de rencontres inattendues et de souvenirs de son enfance.

 -Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis qu’as-tu fais, toi que voilà,
De ta jeunesse ?
 
Un road-movie sublime, l'introspection délicate, douce-amère d’un homme désabusé. Le graphisme sur fond de couleurs automnales  nous absorbe. Une tranche de vie authentique, douloureuse, qui laisse des traces, car parfois la vie ne fait pas de cadeau.

Il y a des jours comme ça où rien ne se passe comme on le souhaiterait, il y a des vents contraires,
des vents mauvais …
 
Merci à Jacky grâce à qui j'ai découvert ce magnifique album.
Pour voir son sublime billet c'est


Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

P. Verlaine
 
La vie est la farce à mener par tous
A.Rimbaud
 
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samedi 13 juillet 2013

Tout sauf l'amour

Dessin et couleur :
Frédéric Bihel

Récit :
Toldac & Pierre Makyo

Editions : FutuRoPoliS

95 pages
Février 2013

(Achat d'occasion au festival de la BD à Eurre)

 

"Pourtant que la montagne est belle comment peut on s’imaginer" que parfois la nature reprend ses droits et devienne si cruelle.
Nina, six ans, rit aux éclats devant l’objectif de sa mère et c’est la photo de trop. Une avalanche vient tout balayer  et puis plus rien, le désespoir glaçant, une page blanche comme neige.
2010, Nina de Beaumont a 26 ans. Elle est devenue une belle jeune femme mais elle est anhédonique. Incapable de ressentir la moindre émotion positive ou plaisante depuis la mort accidentelle de sa mère, le bonheur l’insupporte. Une certaine culpabilité l’habite, elle refuse d’être heureuse allant jusqu’à faire des choses qu’elle déteste le plus, comme pour se punir d’un acte, d’un rire. Son père, Antoine, ne sait plus quoi faire pour sauver Nina de cette dépression et vit dans la  l’angoisse de perdre sa fille unique, syndrome de l’enfant précieux. Mais le destin va mettre José sur son chemin.
José Alcano, neurologue, amateur de voiture de collection tient une agence matrimoniale d’un nouveau genre, «Les rencontres du 21e ciel»,  avec une méthode révolutionnaire pour former les couples. Il dissèque les mécanismes névrotiques de l’amour. Pour lui, le coup de foudre  n’est qu’une question d’impact hormonal et  de probabilité. Il vient justement d’écrire un livre : Roméo + Juliette La farce hormonale. Alors, quand il a un accident de voiture sur la voie ferrée et que le PDG de la SNCF lui demande une compensation pour les dégâts causés et que ce PDG n’est autre qu’Antoine de Beaumont, le père de Nina, un pacte  va s’imposer à eux comme une évidence : Sauver Nina et  alors Antoine effacera sa dette.
Mais parfois les probabilités sont trompeuses surtout quand il s’agit de l’amour. Les sentiments sont parfois capricieux,  aimer ne se commande pas.
Cette comédie sentimentale m’a embarqué dès la première bulle. Le personnage de José est très attachant et  m’a beaucoup amusé. Très joli album servi par de belles couleurs pastel  et de jolis dialogues.  Un petit coup de fraicheur, à lire au bord de la piscine  pour passer un  moment agréable.
Tout sauf l’amour… Et si c'était, Rien, sinon l’Amour
 
 
 
Mes post-it :
 
"Oui, je sais ce que vous allez dire : Elle n'est pas belle. Mais l'amour, le vrai amour, n'a rien avoir avec la beauté. Il vit dans les profondeurs. La beauté ou l'absence de beauté est un petit problème de surface".
 
 
"- Disons que pour un couple lorsque le candidat idéal est trouvé la programmation de l'amour dure trois ans... c'est la période pendant laquelle l'hypophyse synthétise de l'ocytocine... l'hormone de l'Amour ;  Ensuite, l'état amoureux s'arrête et le cerveau retrouve une activité normale.
- Ah ! Et alors qu'est ce qui se passe... après ?
- Après ? ... Vous retrouvez une vie normale.
- Et elle est comment la vie normale de José Alcano ?
- Fin de l'interview !"
 
 
"Non, non... Pas de merci Antoine. Le guérisseur soigne ... C'est Dieu qui guérit".
 
 
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dimanche 7 juillet 2013

Clair-Obscur dans la vallée de la lune

 
Fanny MONTGERMONT
Didier ALCANTE

Edition Air Libre
2012
64 pages

Lecture partagée avec manU

 

- «Clair-obscur» ! l’Art de nuancer, sur un fond d’ombre, un effet de lumière diffuse…
-  Je ne comprends pas … ?

1998, le Chili porte encore les stigmates d’un pays gouverné par le général Pinochet. Dix sept années d’un régime dictatorial laissent des traces indélébiles : violations des droits de l’homme, tortures, disparitions et arrestations de dissidents, perte de toute dignité humaine,  des atrocités à peine concevable et pourtant …
Joan et José sont deux écorchés vifs que la vie n’a pas épargnés. Leur rencontre va changer leurs destins. Joan est une touriste américaine venue au Chili se ressourcer. José va lui servir de guide pour visiter les plus beaux sites de ce Chili encore à fleur de peau. Mais qui va guider l’autre ? José, marqué et écrasé par un lourd et atroce secret ou Joan qui avance malgré l’inacceptable ?
Ils se retrouvent tous deux sur le même chemin de la vie. Verront-ils cette lueur briller au loin ? Sauront-ils saisir ce rayon d’espoir ou sombreront-ils dans l’atrocité de leurs souvenirs ?
Entre flashback et présent, douleur et résilience, cette bande dessinée magnifique est une explosion d’émotions. Des couleurs douces sont posées sur un sujet grave, les paysages chiliens sont à couper le souffle. Le scénario de Didier Alcante est en béton et le tout est merveilleusement porté en image par le doux et somptueux coup de pinceau de Fanny Montgermont.

- Cette lumière, même si elle est faible peut complètement changer notre regard…
  C’est toute la puissance des contrastes : ils se révèlent l’un à l’autre !
 

Clair-obscur, même dans le noir, on espère toujours une lueur d’espoir …
 
Joan
 

Post-it :
 
- Je préfère regarder le paysage.
- Oh, il n'y a pas grand-chose à voir d'ici-là. Surtout dans le noir !
- Il y a toujours quelque chose à voir ...
 
Fanny Montgermont

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dimanche 30 juin 2013

Contes de la folie ordinaire

Charles Bukowski

Le Livre de Poche
1967-1972

190 pages

Lecture partagée avec manU






Au risque de passer pour une frustrée,  je me lance...
Alea jacta est  

Christine la masculine :
Vingt et un contes plutôt vingt et un portraits au vitriol lancés comme des scuds et je vous assure certains font très «mâles». On m’a conseillé de lire ces nouvelles au second degré et mon côté masculin s’est rapidement exécuté. Comme un voyeur, j’ai maté à travers le trou de la serrure et j’ai adoré. Un mélange de fascination et d’admiration m’a envahi pour cet auteur : son manque de tact qui envoie valser les conventions, son sexisme dérangeant, son franc parlé déroutant, sa violence verbale et sa force d’écriture. Un écrivain provocateur à la verve brutale, sans limite avec un je ne sais quoi de désespoir, de colère et de révolte.
Entre réalités et fantasmagories, mensonges, vérités, divagation et abus d’alcool Charles Bukowski est infecte, détestable, ignoble, exécrable mais délicieusement jubilatoire. Il décrit une Amérique profonde en pleine crise et balance la baise dans la misère et la folie sociale. Il dépasse les limites de l’acceptable, c’est un fait, on l’accepte ou pas mais putain on en demande encore !

Christine la féminine :
Pfeu, Pfeu (je crache dans mes mains), Charles à nous deux !
Depuis le temps que je voulais me payer ta tête, tu vas t’en retourner dans ta tombe avec tout le respect que je te dois.
Il y a pas à dire, tu ne sais PAS parler aux femmes toi, mais tu sais quoi, ton haleine fétide et ton coup de rien, pardon de rein, qui dure le temps d’un va et vient, merci trop peu pour moi. Je te la fais rapide, comme les lapins : toutes ces femmes, les filles du bordel et du bar à putes, Linda, Sarah et les autres, elles simulaient. Ben oui ! Faut pas abuser non plus, tu ne crois quand même pas que pour 2 dollars, avec ces hommes répugnants dénués de sentiments, elles allaient atteindre le nirvana ? Et oui, Charles, un orgasme, il faut aller le chercher, le désirer, le mériter, l’accepter avec respect,  douceur avec un temps soit peu de rêve et d’amour, c’est le prix.
Connais-tu la différence entre un bon et un mauvais vin ? Un bon vin, tu le caresses du regard, tu admires sa robe soyeuse, tu l’humes, ensuite tu le grumes pour augmenter sa température et dans ta bouche quand  il présente une bonne longueur, tu fais durer le plaisir et là tu avales par petites gorgés, un délice. Un mauvais vin, tu avales et tu vas gerber. Et bien entre  l’amour et la baise c’est la même chose…
Bukowski déteste les femmes ou plutôt il adore ce qui lui sert de vidoir ! Tout y passe, dans le livre j’entends : exhibitions, érections, éjaculations, fellations et quand il n’y a pas de femelles, un whisky, une branlette et au dodo. Les femmes ou plutôt leur con est étalé comme un morceau de viande,  dans toutes les positions, sous toutes les coutures, pourvu que ça rentre que ça sorte que ça rentre que ça… Oups ben même pas le temps que ça gicle déjà, rooh !... Bukowski, je te le dis entre quatre yeux, tu es immonde, dégueulasse, abject avec les femmes, un tue l’amour dépourvu de cœur et d’humanité.
J’ai quand même voulu comprendre pourquoi ce laid et odieux bonhomme est devenu misogyne. Je me suis dis celui-là il n’a pas du avoir une enfance douce et heureuse ! Bingo ! Père violent, alcoolique, castrateur et mère soumise et inexistante. Même schéma de construction, il est vrai que pour se construire ce n’est pas l’idéal. Quand on a compris le personnage on comprend son œuvre, il écrit ses mots comme il les pense pour panser ses maux.
Bon vous aurez compris, j’ai été intéressé par le regard acerbe de Bukowski sur les femmes qui sont sa douleur et toute sa vie. Parfois touchée mais souvent agressée, mon côté féminin et le premier degré l’ont souvent emporté mais je dois admettre une certaine fascination pour son écriture. 
Sans rancune Charles ! Bon c’est vrai je me la joue facile, tu ne peux me répondre mais c’est un juste retour des choses après t’être tant vidé. Peut être nous verrons nous dans l’au-delà, tu iras baiser sur ma tombe et moi j’irai cracher sur la tienne.

Au nom du père
Du fils
Du Bukowski      
Amen !


Charles Bukowski

Un grand merci à toi pour ce cadeau pervers et délicieusement jubilatoire ;) 

La chronique Bukowski de manU c'est ici

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