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lundi 13 avril 2015

Au théâtre ce soir II

Big Apple

Auteur : Isabelle Le Nouvel
Artistes : Marianne Basler, Christophe Malavoy
Metteur en scène : Niels Arestrup









« Combien de fois dans une vie a-t-on le courage 
d’Être soi-même ? »

Des artistes de talents présents ce soir. Un duo de pointure,  Marianne Basler, divine, dans le rôle de Syst, une femme au bord de la rupture et Christophe Malavoy, authentique, interprète Brod, un homme en rémission mais pour combien de temps ? Ces deux comédiens incarnent avec justesse et sensibilité des personnages graves et fragiles autour de thèmes universels comme le couple, l’amour et la vie. Une pièce de théâtre prenante, de qualité, sous le signe de l’émotion, mise en scène par Niels Arestrup. 

Ce drame est porté admirablement sur la scène. Le sujet est tellement cruel que l’on est en apnée. On guette la moindre fissure, l’échappatoire qui nous permettra de reprendre notre souffle. Les répliques nous frappent, le contenu nous marque, aucun répit pour les cœurs sensibles. Les scènes sont entrecoupées par de la musique au bandonéon et piano qui ajoute une certaine lourdeur et tragédie à l’histoire, celle d’un couple usé par le temps, la routine, mais l’annonce de l’issue fatale pour Brod va les rapprocher. Au départ, ce couple s’agrippe à un mensonge puis dans un second temps, ils vont se révéler à nouveau l’un à l’autre, à travers le sens du mot aimer, l’urgence de vivre et la préparation d’un rêve, leur ultime voyage à New York, le dernier avant, avant le néant…

« Que faire du temps qui reste, des erreurs passées, des erreurs à venir, des chances que l’on n’a pas su saisir ? »

Le corps de Brod s’amenuise et sa vie fou le camp mais jamais il ne s’était senti aussi vivant. Il se voit différemment depuis qu’il sait qu’il glisse vers l’ailleurs. Puis il y a Syst, son épouse, qu’il redécouvre et regarde à nouveau. Ils arrivent à être dans l’instant à chaque minute et tous deux vont entrechoquer leurs petites solitudes dans un dernier tour de manège.




Big Apple, plus le départ approche moins on a envie de partir… 



**********Vivre l'instant************

vendredi 30 janvier 2015

Azami

Aki Shimazaki

LEMEAC / ACTES SUD
130 pages
2014

Rentrée Littéraire Janvier 2015




SEXLESS :
Mot castrateur dont je ne connaissais ni l’existence ni la signification voici quelques jours.

Syndrome japonais délicatement abordé avec justesse et intelligence dans ce court roman de Shimazaki-san.

Abstinence  ou  absence totale de désir ou d’activité sexuelle au sein d’un couple, manifesté par une grande aversion de toute relation tactile avec l’autre. L’envie n’existe plus. Les origines sont physiques et/ou psychologiques : impuissance du mari, insatisfaction des conjoints, frigidité, les femmes s’ennuient de leur mari, développement d’un certain dégoût pour l’acte sexuel. La cause du phénomène est vécue de manière volontaire mais souvent subie par une seule des deux personnes qui est en état de manque, sa libido restant intacte. Mais il arrive aussi que ce soit par les deux. Malgré l’affection qui subsiste, une dépression conjugale s’installe. Dès que l’on ne pratique plus l’acte sexuel, il est très difficile de redevenir actif à cause du manque de volonté des intéressés. C'est dans cette atmosphère de frustration et de solitude assumées que les relations sexuelles du couple s'effacent au profit de l'autosatisfaction : vidéo pornographique, sex-toys,  sex-shops, masturbateurs high-tech,  bar de rencontre. (Agoravox Mars 2007)

Mitsuo et Atsuko sont un couple sexless. La trentaine, carrières prometteuses, deux enfants, ils ne manquent de rien mise à part de cet épanouissement sexuel qui cimente le couple. Atsuo devient mère plutôt que femme tandis que Mitsuo étouffe sa libido au plus profond de lui.

« Je me demande souvent s’il nous serait possible de raviver notre sexualité, comme au début de notre mariage. Toutefois, nous sommes si accoutumés à notre vie actuelle, surtout à la chambre à part, que j’ai peur d’aborder le sujet avec ma femme. Je n’arrive pas à croire que huit ans ont déjà passé depuis notre union. Atsuko vient d’avoir trente-quatre ans et moi, j’en aurai bientôt trente-six. Nous sommes encore trop jeunes pour être sexless. Je n’imaginais pas une telle chose. »

Néanmoins, Mitsuo reste un homme normal, ses désirs le consume, le besoin est toujours là et se fait ressentir. Alors après son boulot, de temps en temps, pour combler ce manque, il fréquente les pink-salon et les vidéo-box. Son épouse tolère ce fait, se tait et ferme les yeux. 

Dans ces lieux d’érotisme, aucun contact, c’est simple, commode et rapide. Mais il est las de ces services «sexe solitaire» qui lui procurent  de plus en plus un sentiment de vide et de profonde tristesse.

« Il y a des hommes qui vont au vidéo-box ou au pink-salon pour seulement se soulager. C’est pitoyable ! »

C’est par le plus pur des hasards qu’un jour il croise un ancien camarade, Gorô, marié, deux enfants, couple sexless et trois maîtresses. Un soir Gorô insiste et  l’invite dans un club très sélect, c’est donc sans arrière pensée que Mitsuo le rejoint. Dans ce lieu de fantasme il reconnait la belle et mystérieuse Mitsuko, son amie de classe, élève mutique mais exemplaire avec qui il découvrira les premiers émois et prémices de l’amour.

Pour ne pas l’offenser, il cache sont identité. Désormais, son souvenir ne le quitte plus, les images défilent et ravivent en lui des désirs trop longtemps étouffés. Pourquoi est-elle devenue entraîneuse au doux nom d’Azami, alors qu’un bel avenir lui était promis ? Mitsuo veut comprendre et la revoir. Il refait un point sur sa vie, ses espoirs, ses incertitudes. Entre doute et désarroi, plaisirs refoulés et passion ardente,  flash-back et présent, la vie ressurgit et les démons de minuit aussi.

Pourquoi ce syndrome toucherait davantage les nippons ? La réflexion ne serait elle pas plutôt, pourquoi les japonais en parlent plus librement que nous autres les occidentaux ? Peut-être parce qu'ici on ne le dit pas...

Je susurre à ton oreille :
« Ce soir encore, ton oreiller est baigné de larmes.
A qui rêves-tu ?
Viens, viens vers moi. Je m’appelle Azami. Je suis la fleur qui berce la nuit. »

Azami,  la perle rare de Shimazaki.

Quand fleur de chardon rime avec passion et vie, viens, viens je suis ton Azami …




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