Marion Cotillard
Alex Brendemühl
Louis Garrel
D'après le roman de Milena Agus - 2006
Les éditions : Livre de poche
« Nous serons nus,
Je m’allongerai sur vous,
J’écarterai vos bras,
Vous connaîtrez avec moi la chose principale,
Vous entrerez en moi,
Vous entrerez en moi,
Vous entrerez en moi. »
Quand j’ai lu le billet de
Taber'Nad et celui du Bison au fin fond de sa Dordogne, il était évident que j’allais lire ce livre. Alors, quand au hasard de mes vide-greniers
drômois, pour quelques centimes, ce roman a littéralement atterri entre mes
mains, un sourire s’est dessiné sur mes lèvres et « Mal de Pierres » est devenu mon nouveau
précieux galet.
Le film a immédiatement suivi,
et si l’on ressent un certain bémol chez le Bison (faut il être une femme pour apprécier
une histoire d’amour ? je me le demande !) il en a été autrement à travers mon regard.
Le mal de pierres n’est pas
simplement quelques calculs rénaux, c’est bien au-delà. C’est une douleur fulgurante
qui vient secouer tout ton être. Une souffrance qui rend Gabrielle vivante et
lui fait prendre conscience de son corps et de l’urgence d’aimer. Car Gabrielle est entière, souvent au
bord de la rupture, à la fois désinhibée, fragile, triste et murée dans son silence. On la croit folle, alors pour
éviter l’internement psychiatrique, elle obéit à sa mère. Elle se sacrifie et se
marie par convenance avec José, un ouvrier taiseux aux épaules solides.
Mais Gabrielle erre dans l'attente, auprès d’un homme qu’elle n’aime pas. Son corps la ramène sans
cesse à ses désirs brûlants et son envie d’aimer. Les douleurs reviennent de plus belles
et l’empêchent d‘enfanter. Contre son gré, elle part quelques semaines en cure
thermale. C’est dans ces montagnes qu’elle fera une rencontre brève mais inoubliable. Elle connaîtra enfin cette passion dévorante auprès d’André, un lieutenant blessé
durant la guerre d’Indochine.
Mais son séjour arrive à son
terme et après maintes promesses de se revoir, ils se quittent. Il est temps de
retourner à sa vie car dans les années cinquante une femme respectable se doit
de rejoindre son mari.
Gabrielle ne défait pas sa
valise. Son ventre s’arrondit. Elle lui écrit, elle attend que le facteur sonne,
un signe, un espoir, une délivrance, sous le regard bienveillant de son mari. Lui
seul connaît la vérité et comprend le mal de pierres qui la ronge, mais il accepte et aime sa femme plus que tout. Dans un silence cérémonial, ils attendent, lui pour elle, et elle pour un autre. Ils ne sont qu’attente, des semaines, des mois, des années …
- - Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?
- - Je voulais que tu vives.
L’absence et le manque maintiennent
la passion en éveil, mais peuvent détruire quand l’amour n’est que rêve et désillusion.
« Que fais tu ? Où es tu ? J’ai peur pour toi ! Je n’ai pas défait ma valise. Je ne fais qu’attendre, je ne suis que ça, ton corps m’a envahi, je suis plantée en toi, je suis seule avec toi ... j’ai perdu les mots. »
Nicole Garcia nous dresse un portrait de femme hors du commun. Elle signe avec élégance
une histoire troublante et passionnante. Certains
cadrages caméra sont exceptionnels et sublimés par le choix musical « La Barcarolle de Juin » de Tchaïkovsky. Même si l’œil lubrique du Bison a manqué de scènes torrides,
il est justement plus intense de se laisser envahir par son propre imaginaire. On vit de l’intérieur l’être incandescent incarné
par Marion Cotillard. Mais mon attention a particulièrement été captivé par le charisme
de José, Alex Brendemühl. Son ardente patience et sa quête d’amour palpable m’ont
touché, ou me suis-je tout simplement noyée dans le bleu de ses yeux ou peut être cet accent castillan qui me rappelle tant mes racines.
« Si je devais ne jamais te rencontrer, fais qu'au moins, je sente le manque de toi. »
Mal de Pierres … Ni heureuse, ni malheureuse.

