jeudi 22 mars 2018

Les « Je Dis » de la musique (1)

Le jeudi ou presque, je shazame



Dans la salle de soins j'installe trois patients. La chaîne-audio diffuse une musique qui adoucit les mœurs, quand soudain quelques accords viennent à mes oreilles. Mon cœur se serre. Une voix chaude et mélodieuse, un je ne sais quoi de Van Morrison et Tom Waits, envahit mon corps et mon âme. Cette mélodie me parle, me rappelle quelque chose, me ramène à un souvenir … mais lequel ?
Je cours à mon vestiaire. J’attrape mon vieux téléphone et j’appuie sur l’application Shazam. Mais mon portable n’en fait qu’à sa tête, il me boude, prend tout son temps et décide quand fonctionner.

-Bordel de m----, alors écoute moi bien mon coco, entre toi et moi si tu ne t’allumes pas dans la seconde qui suit, à l’instant T illico presto, je te mets en pièces et te remplace par un phone tout neuf ! … tu entends?

A t’il eu peur ou pitié de moi ? Miracle, il s’allume enfin et quand ma chanson arrive sur les dernières notes, mon téléphone affiche en mode plein écran la réponse ! 
Yessssssssssss  ! In the pocket : Titre, auteur et compositeur.

-Ben voilà, quand tu veux ! (j'y crois pas je parle à mon téléphone, non mais allô quoi !)

De prime abord l’auteur et le titre ne me disent rien, nothing, nada, rahhhhh mais où ai-je entendu cette musique ?
Alors je fais des recherches sur le net via wikipédia, (euh j’oubliais entre temps je me suis occupée de mes patients ^^)
Donc je fais des recherches, album, auteur et Oh Joie … Oh illumination … Tout me revient  en mémoire, clair comme de l’eau de roche.
Cette mélodie était une des musiques du film Laurence Anyways de Xavier Nolan - 2012. Comment ai-je pu oublier cette scène finale, alors que ce film fut une véritable claque.

Le compositeur d’origine écossaise contribue aux arrangements musicaux pour U2, Texas, Madonna, The Passengers et bien d’autres. Puis il compose des musiques de films tant pour les longs-métrages comme Roméo + Juliette, Moulin Rouge ... et courts-métrages, Chanel N°5 en 2004.
Mais revenons à mon shazam. Je sais combien vous avez hâte de découvrir ce mystérieux musicien. Musique nocturne qui prend au corps, ambiance trip hop électronique, il est le premier album du compositeur écossais sorti en 1998 et Paul Buchanan le chanteur du groupe The Blue Nile prête sa voix à cette chanson.
Where the cars go by
All the day and night,
Why don’t you say
What’s so wrong tonight ?

Parce que le « Je Dis » ou presque, je shazame, je ne vous fais plus attendre, c'est beau, enivrant. Une musique d'une nuit ... d'une seule ...
Êtes vous prêts à entendre mon lâcher-prise de cette nuit ?


Clique ici ...Baby, baby, let’s go out tonight … 
The space between us …


Mon Shazam & Moi, une histoire d'Amour pour les insomniaques, les amoureux de la musique et les amoureux de la nuit ! 



*
* *

dimanche 4 mars 2018

Les reflets changeants








Aude Mermilliod

Les éditions Le Lombard
2017
Prix Raymond Leblanc









« On m’a vu dans le Vercors,
Sauter à l’élastique …
Voleur d’amphores,
Au fond des criques…
J’ai fait la cour à des murènes…
J’ai fait l’amour…
J’ai fait le mort…
T’étais pas née … »



Lorsque Jean écoute cette chanson de Bashung, je fredonne avec lui ce refrain et je comprends immédiatement que le personnage va m’émouvoir. Mais je me trompais ! Jean n’est pas le seul à me prendre en otage dans cette aventure. Il y a aussi Elsa, et comme toutes les jeunes filles de son âge elle rêve d’Amour et de légèreté. Puis il y a Emile à l’automne de sa vie, lui rêve juste de silence, ce silence si cruel parfois !

Elsa et Emile ne se connaissent pas et c’est à la croisée des lignes de chemin fer qu’ils vont rencontrer Jean, 53 ans, conducteur de train, qui n’a qu’une envie : hisser les voiles et prendre le large. 
Les destins de ces trois écorchés, vont s’entrechoquer, se lier et se délier par un drame. Au centre de ce drame, oublié sur un quai de gare, un mystérieux carnet révélera les non-dits et les silences enfouis.

Dans ce premier album prometteur, Aude Mermilliod, nous invite à partager les émotions et les incertitudes de ce trio et nous rend témoin des choix décisifs qui vont bouleverser leur existence. 

A tour de rôle, je suis entrée dans la peau d’Emile, noyé dans son silence :
« Allez… c’est parti pour un repas entier à rien piger et à regarder bêtement tout le monde en souriant comme un con… A tous les coups, Yvette va encore essayer de m’intégrer ? J’ai horreur de ça ? Personne ne peut comprendre. » 

Puis Elsa, égarée dans son désarroi :
« Ce soir je porterai la robe fendue qu’il aime. Avec rien dessous. Je lui envoie un texto ? Oui, je lui dis que je porterai la robe fendue. Il finit toujours par répondre. » 

Et enfin Jean coincé dans un amour inconditionnel nommé Alda, 6 ans, qui l’empêche de larguer les amarres :
« Dès la première couche à changer, j’étais foutu. Evidemment que je suis resté. J’ai assumé comme un homme. Et maintenant, comment regretter un monde dans lequel je ne l’aurais pas rencontrée… ? »

Parce que j’ai été une jeune fille et qu’un jour je serai à l’automne de ma vie, ses reflets sont venus me cueillir et me toucher en plein cœur.
Au hasard des voies ferrées, Aude nous embarque dans un superbe décor azuréen, à la rencontre de gens ordinaires, fragilisés et attachants. Ils sont notre miroir et reflètent ce que nous avons été, ce que nous sommes et ce que nous serons … peut être … ou pas.
Elsa, Jean, ou Emile réveillent une joie, une faille, un souvenir caché au plus profond de nous, c’est pourquoi ce roman graphique est si troublant. A travers l'histoire de son grand-père, l'autrice a su trouver les liens et les chemins pour nous guider au cœur même de leurs blessures mais aussi de leurs espoirs.

Entre fiction et réalité, sourire et larmes, ce voyage intergénérationnel remet en question les priorités pour vivre pleinement et donner un sens à la vie. Là est tout le secret de ce chassé-croisé qui fait encore écho en moi.  

Les reflets changeants … « La nuit je mens je prends des trains à travers la plaine … »






*      *
*

lundi 26 février 2018

Monsieur Coucou






Joseph Safieddine
Kyungeun Park


Les éditions Le Lombard 
2018







C’est avec émotion, il y a quelques jours, que j’ai tourné la dernière page de ce livre. Impossible pour moi de garder le silence et de ne pas vous délivrer mon ressenti tant il y a longtemps que je n’avais été aussi touchée par un roman graphique.

Depuis la semaine dernière, je me demande comment vous parler avec justesse de ce livre,  de sa  profondeur, de sa générosité. Je tourne, je vire, je jongle avec les mots mais ils ne reflètent pas mon ressenti, alors si je vous en parlais avec simplicité ? 

On ne peut pas dire que le titre soit accrocheur et pourtant quand on comprend sa signification tout prend son sens et devient philosophie et évidence.

Pourquoi Coucou ? C’est la première question que je me suis posée !

COUCOU : Gros oiseau passereau […]. La femelle pond chacun de ses œufs dans un nid de passereaux d’une autre espèce […] ; les parents adoptifs couvent, puis nourrissent le jeune coucou, qui jette les œufs de l’espèce-hôte par dessus bord. [Le Larousse]

Toute la clef de l’histoire est dans cette définition.

Il y a bien longtemps Abel a quitté sa famille et son pays, le Liban. En s’exilant à Paris, il enfouit son identité au plus profond de son être et renferme ainsi un passé qu’il veut à tout prix oublier. D’ailleurs, il ne s’appelle plus Abel mais Allan. Mais les choses ne se passent pas toujours comme on le souhaite.  Un jour ou l’autre les secrets de famille resurgissent et vous accablent avec violence. Parfois le temps est assassin. Le moment est peut-être venu d’affronter ses souvenirs, ses origines, sa mère… son histoire !

Moi-même fille d’exilé, je ne pouvais qu’être touchée par cet homme à la lisière de deux pays. Il affronte tant bien que mal sa culture et son histoire. Au fil des pages, on l’accompagne dans sa quête, on l’accuse, on le blâme puis on le comprend et enfin, on finit par l’aimer.






Joseph Safieddine, jeune auteur libanais, a fouillé dans sa mémoire et a posé ses maux sur cette histoire, peut-être son histoire, avec pudeur, élégance et beaucoup de sensibilité. Pour parachever ce coup de cœur, le texte est transcendé par les couleurs chaudes et le très beau crayonné des dessins. Kyungeun Park retranscrit à merveille les expressions sur les visages, les émotions dans les regards et le silence devient langage. On ressent la brise dans les cheveux d’Abel et la moiteur sur sa peau brûlée. Les paysages sont d’une telle splendeur que les parfums de coriandre, de cumin et de cannelle viennent caresser vos sens.





Entre plume et pinceau, ce livre éveille en nous une furieuse envie d’évasion vers soi et vers l’orient… 
  
Monsieur Coucou où quand l’oiseau tombe de son nid…



 * 
* *

jeudi 17 août 2017

(Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire

Stéphanie Pelerin

Les Editions : Mazarine  & France Loisirs
Juin 2016






J’ai rencontré Ivana au bord de la piscine à Nice, durant les dernières vacances de Pâques, et depuis elle est devenue ma meilleure amie. Nous faisions des abdos pour effacer quelques kilos de trop, enfin surtout les miens, vous savez « ceux qui s’installent avec la routine. Ceux que Monsieur reproche à Madame, occultant qu’il a généralement hérité des mêmes. Les poignées d’amour masculines se déclinent en bourrelets disgracieux quand on les met au féminin. »

Après 60 longueurs, 1km 500 yeah, et une crème brûlée mirabelles et panacotta cassis, nous avons immédiatement sympathisé.

Ivy est une fille tout simplement exceptionnelle. Professeur de français à Paris, elle vient de se faire larguer par son mec après 8 ans de relation. Mais qu’à cela ne tienne, après les torrents de larme, Ivy laisse place à l’optimisme, aux mojitos et décide de se remettre sur le marché des célibataires.

« Ivana se rendit à la petite supérette du coin. Une légende urbaine prétendant que le supermarché était l’endroit par excellence où rencontrer l’homme de sa vie, elle remplirait son chariot à défaut de son lit.  »

Ben quoi, on ne va pas se laisser abattre !

A / Une remise en forme pour gommer les bourrelets superflus,
B/ S’inscrire sur un site de rencontre,
Et la dernière et la plus importante :
C/ Une nourriture saine pour  le corps et quelques parties de jambes en l’air pour l’esprit.
C’est ce qui me plaît chez elle, son naturel. Elle est drôle, s’assume, ne se prend pas au sérieux. Souvent amusante, agaçante parfois mais toujours attendrissante et en plus Ivy n’a pas la langue dans sa poche :

« Il faut dire que même avec un GPS, il n’aurait pas trouvé son clitoris. Ivana n’avait jamais refusé de faire l’amour avec lui, mais elle s’était souvent ennuyée. Elle remerciait d’ailleurs la levrette, position pendant laquelle elle n’était pas contrainte de sourire mais n’avait jamais osé lui demander si elle pouvait en profiter pour lire une BD. » 

Je vous le dis, Bridget Jones n’a qu’à bien se tenir !

Ivy on ne peut que l’aimer, que dis-je, l’adorer. C’est une héroïne moderne, qui nous ressemble, avec ses joies, ses doutes, ses complexes mais surtout elle reste authentique malgré ses faiblesses. Du coup, on s’identifie facilement à elle.

L'auteure, Stéphanie Pèlerin, nous plonge dans une histoire de femme en quête du grand amour. C’est drôle et émouvant. Certaines anecdotes sentent le vécu, mais je vous laisse en juger par vous-même en découvrant son délicieux roman. Pour ma part, je l’ai dévoré !

Alors si vous avez un coup de blues ou simplement envie de passer un bon moment, j’ai le remède qu’il vous faut. Courez vite acheter ce livre, le voler ou mieux l’emprunter à votre meilleure amie et installez-vous au bord de l’eau, au diable les kilos ! Laissez Ivana vous prendre par la main, sourires et bonne humeur garantis ! Mais attention, que cela soit bien clair entre vous et moi, Ivy c’est ma copine à Moaaaaaa ! 

 « Elle se demandait si un jour une femme pourrait assumer ses choix de vie sexuelle sans craindre le regard accusateur des autres. Mais pour l’heure, le monde lui appartenait et si cette parenthèse devait rester secrète, elle avait reboosté sa libido : c’était déjà cela de gagné. » 
 
Vous ai-je dis que j’adorais cette Nana ? 

(Presque jeune), (presque) jolie, (de nouveau) célibataire … Oups ! Ben c’est (presque) moi !


Merci  manU de m'avoir présenté Ivana, 
Un joli ricochet de plus.
<3 



L'auteure Stéphanie Pélerin
Son blog "Mille et une frasques" cliquez ici 


- Euh … Ivana, tu as le 06 du maître nageur sieuplait ? ^^



dimanche 13 août 2017

MAL de PIERRES

Un film de Nicole Garcia - 2016
Marion Cotillard
Alex Brendemühl
Louis Garrel

D'après le roman de Milena Agus - 2006
Les éditions : Livre de poche




« Nous serons nus,
Je m’allongerai sur vous,
J’écarterai vos bras,
Vous connaîtrez avec moi la chose principale,
Vous entrerez en moi,
Vous entrerez en moi,
Vous entrerez en moi. »


Quand j’ai lu le billet de Taber'Nad et celui du Bison au fin fond de sa Dordogne, il était évident que j’allais lire ce livre. Alors, quand au hasard de mes vide-greniers drômois, pour quelques centimes, ce roman a littéralement atterri entre mes mains, un sourire s’est dessiné sur mes lèvres et  « Mal de Pierres » est devenu mon nouveau précieux galet.

Le film a immédiatement suivi, et si l’on ressent un certain bémol chez le Bison (faut il être une femme pour apprécier une histoire d’amour ? je me le demande !) il en a été autrement à travers mon regard.

Le mal de pierres n’est pas simplement quelques calculs rénaux, c’est bien au-delà. C’est une douleur fulgurante qui vient secouer tout ton être. Une souffrance qui rend Gabrielle vivante et lui fait prendre conscience de son corps et de l’urgence d’aimer.  Car Gabrielle est entière, souvent au bord de la rupture, à la fois désinhibée, fragile, triste et murée dans son silence. On la croit folle, alors pour éviter l’internement psychiatrique, elle obéit à sa mère. Elle se sacrifie et se marie par convenance avec José, un ouvrier taiseux aux épaules solides.
Mais Gabrielle erre dans l'attente, auprès d’un homme qu’elle n’aime pas. Son corps la ramène sans cesse à ses désirs brûlants et son envie d’aimer. Les douleurs reviennent de plus belles et l’empêchent d‘enfanter. Contre son gré, elle part quelques semaines en cure thermale. C’est dans ces montagnes qu’elle fera une rencontre brève mais inoubliable. Elle connaîtra enfin cette passion dévorante auprès d’André, un lieutenant blessé durant la guerre d’Indochine.
Mais son séjour arrive à son terme et après maintes promesses de se revoir, ils se quittent. Il est temps de retourner à sa vie car dans les années cinquante une femme respectable se doit de rejoindre son mari.

Gabrielle ne défait pas sa valise. Son ventre s’arrondit. Elle lui écrit, elle attend que le facteur sonne, un signe, un espoir, une délivrance, sous le regard bienveillant de son mari. Lui seul connaît la vérité et comprend le mal de pierres qui la ronge, mais il accepte et aime sa femme plus que tout. Dans un silence cérémonial, ils attendent, lui pour elle, et elle pour un autre. Ils ne sont qu’attente, des semaines, des mois, des années …

 -         -  Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?
-          - Je voulais que tu vives.

L’absence et le manque maintiennent la passion en éveil, mais peuvent détruire quand l’amour n’est que rêve et désillusion.

« Que fais tu ? Où es tu ? J’ai peur pour toi ! Je n’ai pas défait ma valise. Je ne fais qu’attendre, je ne suis que ça, ton corps m’a envahi, je suis plantée en toi, je suis seule avec toi ... j’ai perdu les mots. »

Nicole Garcia nous dresse un portrait de femme hors du commun. Elle signe avec élégance une histoire troublante et passionnante. Certains cadrages caméra sont exceptionnels et sublimés par le choix musical « La Barcarolle de Juin » de Tchaïkovsky. Même si l’œil lubrique du Bison a manqué de scènes torrides, il est justement plus intense de se laisser envahir par son propre imaginaire. On vit de l’intérieur l’être incandescent incarné par Marion Cotillard. Mais mon attention a particulièrement été captivé par le charisme de José, Alex Brendemühl. Son ardente patience et sa quête d’amour palpable m’ont touché, ou me suis-je tout simplement noyée dans le bleu de ses yeux ou peut être cet accent castillan qui me rappelle tant mes racines.

« Si je devais ne jamais te rencontrer, fais qu'au moins, je sente le manque de toi. »     

Mal de Pierres … Ni heureuse, ni malheureuse.