dimanche 21 décembre 2014

L'accomplissement de l'amour

Eva Almassy

Editions de l'Olivier
109 pages
2013
(Emprunté à la médiathèque)



A Love Supreme Live


 « Avec Angel, pas d’amour, pas d’enfants, pas d’accouchement, pas de lait, ni sein ni biberon, et finalement plus de femme dans le couple (le sexe de Béatrice neutralisé). »

Des années qu’Angel ne la touche plus, ne l’honore plus. Ils se voient mais ne se regardent pas, ils se parlent mais ne s’écoutent plus. Ils cohabitent, se déchirent dans un désert aride d’amour et de sentiments.  Un renoncement morbide de soi et de son corps.

« … Ne faites pas comme moi, ne restez pas, sauvez-vous, il ne faut pas rester auprès de quelqu’un qui ne vous aime pas selon votre désir. Une fois que c’est mauvais entre vous, ça le restera toujours, et il sera trop tard. Mais elle est restée et tous ses membres s’étaient atrophiés. »

Alors quand Béatrice croise au hasard le sourire d’un inconnu, c’est un tsunami dans tout son Être. Elle veut aimer et être aimée, se sentir à nouveau exister dans le regard de l’autre. Après cette misère d’amour et de caresse, son corps réclame et crie l’agonie. Béatrice veut que tout son corps transpire l’amour et le désir.

« Cet homme lui fait l’effet d’un ensoleillement, comme une coloration neuve de sa peau, une vague de chaleur, l’été qui reviendrait après la prison. Trois semaines d’intense, d’incessante excitation sexuelle, provoquée par la seule attente de sa venue, cette précipitation intérieure, ces averses d’émotion, ces urgences nouvelles et éclatantes. »

Ils correspondent d’abord, puis s’apprennent et s’apprivoisent peu à peu. Ils échangent leurs maux, leurs vies, leurs attentes. Le manque se fait ressentir et ils deviennent rapidement avide l’un de l’autre. De lui, nous saurons peu de chose mise à part qu’il est marié et père de trois enfants.
Et puis vient enfin la rencontre tant attendue, une ardente patience à peine supportable. Mais quand l’instant si désiré arrive, le cheminement tortueux de Béatrice me perd en chemin. Je ne la comprends plus, ne la suis plus dans son raisonnement et le déroulement de cette rencontre. Elle hésite, avance, recule, perdue entre ses désirs et ses choix. Un malaise permanent entre ses deux Êtres que tout réunis. L’inconnu est spectateur, proche du désarroi tandis que Béatrice frôle la névrose, zigzagant entre passion et incompréhension de l’autre, entre plaisirs retenus et flashback permanent de l’emprise d’Angel.

« … pendant une éternité personne ne l’a embrassée, excepté les premiers de l’an, à zéro heure zéro minute chaque année. Angel suspendait le gui, « le meilleur », du gui du pommier coupé à l’aube dans un verger sauvage, et sous le gui, par tradition ou superstition, il l’embrassait une fois par an. Pas le petit bisou bouton-pression clic-clac, mais sur la bouche, pas long, mais avec la langue, et quel poison liquide dans sa salive pour que la mixture de mots bonne + année + à + toi + mon + amour, cette vieille recette d’apothicaire des Roméo, entraînât toujours de si atroces années ? »

Est-ce moi qui ai mal perçu cette confusion de sentiments qui se manigance dans sa tête ? Peut-être… Une frustration de ne pouvoir me glisser dans l’histoire et d’insuffler à cette femme pourtant décidée et sûre d’elle, l’envie de profiter de l’instant présent.
Malgré un agacement envers cette femme rebelle et passionnée, j’étais en totale immersion dans ce roman. Une histoire d’infidélité, en somme banale, mais portée par la force d’écriture d’Eva Almassy. Une découverte, un vrai régal et une puissance verbale qui me donne l’envie de découvrir d’autres romans de l’auteure. Elle jongle avec les mots, nous balance de belles métaphores. Une plume divine  qui bouscule notre âme et nous renvoie naturellement vers une certaine réflexion sur soi et le couple. Le jeu d’écriture m’a fait pensé à celle d’Emmanuèle Bernheim mais avec une brise émotionnelle et poétique en plus. Elle a cette façon unique de marier les opposés pour donner cette puissance vertigineuse à la passion et à l’amour, qu'elle veut nous transmettre.

« Il ne m’aime pas comme je l’aime. S’il m’aime un peu c’est pour le moment, et moi je l’aime pour survivre à ce moment. Je l’aime avec une rage dont il n’a pas pris la mesure. »

L’accomplissement de l’amour ou quand Aimer intensifie notre sensation d’exister ! 


Le véritable Amour c'est quand le silence n'est plus gênant.
J.J. Goldman




L'avis de Jérôme qui m'a donné envie de découvrir ce livre. 


*********************

12 commentaires:

  1. "quand Aimer intensifie notre sensation d’exister"

    Joli...

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    1. Une citation parmi tant d'autres que je notre au fil de la vie... Une salle d'attente, un magasine, un film, une parole d'enfant ... je les accumule dans un carnet et hop un jour je les ressors... Parfois elle n'ont pas d'auteur, parfois si, parfois elles sont un peu gauche je les transforme à mon idée ...

      Joli oui et tellement évident ...

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    2. Une citation parmi tant d'autres que je notre au fil de la vie... Une salle d'attente, un magasine, un film, une parole d'enfant ... je les accumule dans un carnet et hop un jour je les ressors... Parfois elle n'ont pas d'auteur, parfois si, parfois elles sont un peu gauche je les transforme à mon idée ......
      Je "fonctionne " à l'identique....dans mon vieux carnet à spirales....

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    3. Tiens... Je ne suis pas étonnée ;-)

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  2. Aimer avec rage... pour moi assez contradictoire....avec fougue, avec passion, de manière "déraisonnable" et irraisonnée, oui surement, mais toujours avec une infinie douceur...
    Bonnes fêtes de fin d'année petite marchande de bonheur....
    Bisous nöelleux..................

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    1. Oui de la douceur et un grain de folie ...

      Merci à toi Jacques... Je te souhaite Un Bon Réveillon avec ton fils et une douce nuit de Noël.

      Des bisous pleins ....

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  3. J'ai aimé ne pas la comprendre cette femme. Et j'ai aimé cette magnifique écriture, tu fais bien de le souligner, je crois que je n'avais pas suffisamment insisté sur ce point.

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    1. Tu sais que tu es bien le seul à "aimé ne pas comprendre les femmes" ;-)

      J'ai hâte, et je suis curieuse de découvrir un autre de ses livres. Merci de ton magnifique billet qui m'a mené vers elle. Un vrai plaisir...

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  4. J'étais passée à côté de ce roman mais il a tout pour me plaire...!

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    1. Et d'ailleurs j'étais surprise de ne pas le voir dans ta bibli... Le genre de livre qui te plaira je pense et je serai curieuse d'avoir ton avis... après tout c'est peut être moi qui n'est pas saisi cette femme... :)

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  5. "Un renoncement morbide de soi et de son corps." C'est fort, mais parfois tellement vrai. "Ils se voient mais ne se regardent pas". Difficile à supporter mais pourtant si réaliste. Cela doit arriver dans une vie de couple. Malheureusement, peut-être parce que la vie se rallonge aussi, que les habitudes amenuisent le désir alors que le désir reste en chaque être, même enfoui sous une couche de pudeur ou d'abstinence. Il est prêt à ressurgir pour un clin d’œil ou un sourire craquant, autour d'une bière ou du saxophone de Coltrane. Être à l'écoute de sa musique intérieure.

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    1. Tu as raison et malheureusement ça existe plus souvent qu’on ne le croit. Le train train quotidien, le travail, la communication, la société, on fini par se croiser, s’éloigner, on change et l’amour s’en va … c’est la triste réalité !
      Il peut être long le chemin avant de prendre des décisions. Etre sur qu’il n’y ait plus rien à sauver ! Ne pas s’oublier soi et l’autre que l’on a aimé pour ne pas finir par se détester.
      Tourner la page d’un Bel Amour que l’on croyait éternel est très difficile. Tout ce en quoi on croyait s’écroule !
      Suivre son chemin, ce que l’on croit être juste et ne jamais perdre espoir en la vie et le bonheur.
      La vie est là simple et tranquille, il suffit d’ouvrir son cœur …

      Une mandrin ? ;-)

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" La vie est là simple et tranquille. "
Paul Verlaine

" Le plus difficile n'est pas d'avoir mal, mais de renoncer au bonheur. "
J.P.P

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