dimanche 16 février 2014

L'annulaire

Yôko OGAWA

Les éditions : Babel
88 pages
1994

Lecture commune avec Le_Bison 







L’annulaire, joli symbole pour commencer la littérature japonaise.

Au japon, cette symbolique peut être perçue de manière différente et plus ambiguë. L’union, chez le plus commun des mortels, mais la mutilation de ce doigt gauche est un signe d’humiliation très ancré dans la pègre japonaise et d’appartenance chez les prostituées. Dans ce court récit, seule l’image de l’appartenance flotte comme une légère brise malsaine qui surplombe l’ambiance. Un sentiment de gêne, d’inquiétude et d’étouffement, règne tout au long de ce roman.

La narratrice, une jeune japonaise de 21 ans, amputée d’une infime partie de son corps, se retrouve par le plus pur des hasards, enfin est-ce vraiment le hasard ou le destin, à travailler chez un taxidermiste du souvenir. L’immense laboratoire, un ancien foyer de jeunes filles, abrite les spécimens. Mais dans ce laboratoire tenu par cet étrange M. Deshimaru pas d’animaux empaillés, les cas sont souvent de matière inorganique. Les visiteurs viennent se libérer d’une réminiscence, d’une souffrance, d’une cicatrice, d’une mélodie qui les empêche d’aller de l’avant. Après avoir naturalisé et préparé cérémonieusement la trace du délit, M. Deshimaru les enferme dans un tube à essai. Les cas sont référencés et soigneusement conservés par son assistante. En cas de nostalgie, les clients peuvent venir leur rendre visite, ce qui est rare car « le sens de ces spécimens est d’enfermer, séparer et d’achever ». Entre M. Deshimaru et son assistante, une étrange relation s’installe empreinte de sensualité, de désirs, de malaise, de mutisme et de trouble. Le tout baigné dans une odeur nauséabonde de formol et un lourd climat d’anxiété qui règne dans ce long couloir et cette mystérieuse porte fermée à double tour.


J’avais pour règle en lisant ce livre de ne pas avoir peur de ne pas aimer. Beaucoup de négations mais ce fut libérateur afin de pouvoir le lire en toute sérénité. Ce roman m’a laissé une empreinte étrange tel celle d’un haïku : On aime la poésie qu’il s’en dégage mais il est difficile d’en expliquer le pourquoi. Ce récit a effleuré et caressé mon âme. Les deux personnages m’ont envouté et absorbé dans leur existence dès la première seconde. Il n’y avait plus que ce petit livre, ma conscience et ce doux parfum de cerisiers du Japon. Je n’ai désormais qu’une envie, comme une urgence, replonger dans l’univers troublant de Yôko Ogawa. Cette auteure a ce don particulier de rendre les gens ordinaires extraordinaires et sa plume lyrique et troublante rend ce récit tout simplement beau et touchant.




Pour plus d'étrangeté et de mystère 
la bande annonce du film. 


Règle n° 1 : J'ai fait un spécimen, mais nous sommes d'accord je peux le relire quand je veux (voir photo)
Règle n° 2 : Toujours, ne jamais avoir peur !
Règle n° 3 : Je travaille le jour donc je m'évade beaucoup la nuit quand je ne mens pas ;) 
Règle n° 4 : Bon choix, avec délicatesse comme une caresse.

Contrat rempli !


Un grand merci à toi pour ce voyage étrange et envoûtant. Je découvre peu à peu tes sphères littéraires qui me sont totalement inconnues et à chaque fois je me retrouve comme une orpheline. Un choix de maître  pour un premier roman japonais, je m'incline !

On passe à la vitesse supérieure ?



L'expéditeur de ce livre vient de me faire un deuxième cadeau : Son  billet ! Pour lire son avis c'est ICI mais soyez prévenus, si vous le lisez, à tout jamais,  vous serez envoûtés.  


L'autre versant du Vercors... jolie vue enneigée, Merci ;)

***********************

23 commentaires:

  1. J'ai lu dernièrement un livre de cet auteur..."Le petit joueur d'échecs"...ému que j'avais été alors par le billet du Bison...je l'ai adoré ce bouquin...
    " On aime la poésie qu’il s’en dégage mais il est difficile d’en expliquer le pourquoi. Ce récit a effleuré et caressé mon âme."...c'est exactement cela...
    Je me suis procuré "La mer" recueil de nouvelles sorti juste là en poche Babel...Je m'y plonge ce soir...
    Billet sublime...

    PS/t'as un p'tit pied dis donc...?...tu chausses du 33...?....;-)

    Bisous...pleinssssss

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je me souviens de ton billet et de ton émotion pour "Le petit joueur d'échecs" et je vais vite partir à la recherche d'autres livres de cette auteure. Quel bonheur de savoir qu'il me reste tant de chose à découvrir.

      Un 37 fillette, mais je vais te dire un secret dans le creux de ton oreille.... ce ne sont pas mes chaussures .... mais chut..... ;)

      Des bisous tout pleinssss !!!!

      ;)

      Supprimer
  2. Réponses
    1. Mais il a le feu au lac mon manU ^^ ;) lollllll

      L'histoire du doigt et de la limonade c'est une image extraite du livre :)

      Supprimer
    2. Cette histoire de doigt, cela semble l'avoir profondément perturbé dans son adolescence...

      Supprimer
    3. Profondément n'est pas le mot que j'aurai employé mdr !!!

      Rôhhhh ca va je sors !!!!

      Et puis merde je suis chez moi quand même :D

      Supprimer
    4. Fou-rires...Ben oui t'es chez toi...t'as pas à sortir...mdr...

      Supprimer
    5. Si... Je crois qu'il faut qu'elle aille acheter des bières...

      Supprimer
    6. Oui tu as raison une bière pour moi et une pour Jacky !

      ;)

      Supprimer
  3. Un moment de folie...^^
    Sinon, joli billet qui pourrait me sortir le livre de cet auteur qui dort dans ma PAL...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. N'hésite pas, ce livre est un poème. Chaque page t'envoie de jolies estampes japonaise... ;)

      Supprimer
    2. ... et peut-être même que chaque page caressera ton âme... Mais là, il faut être prêt. Ce n'est pas à la portée de tout le monde...

      Supprimer
  4. Caresser mon âme : trop beau, trop fort.

    Avant de te proposer ce livre, j'ai hésité. Pas que tu ne puisses aimer. Là n'était pas l'importance du roman. Il était juste question de perception et de sentiment. Peu importe d'aimer ou pas, ce livre c'est avant tout sentir des émotions. Bonnes ou malsaines. Je suis donc content que tu ais ressentis ces émotions. J'y ai perçu aussi cette gêne et cette oppression tout au long des pages.

    Jolie mise en image. Le verre, la chaussure... Belle photo. La chaussure, élément indispensable de l'histoire menant justement à ce sentiment d'oppression et de malaise.

    La vitesse supérieure ? Doucement, jeune geisha. Il y a des règles et des étapes à s'affranchir, avant. Patience. Patience. Patience...

    Caresser ton âme... Je n'en reviens toujours pas...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ben je suis toute rouge maintenant ! C'est trop gentil ! Quel idée aussi de m'envoyer un livre pareil !

      Je suis du genre à brûler les étapes, ça c'est mon côté andalou, mais tu as raison nous avons le temps !

      ;D

      Supprimer
    2. Promis, j'arrête. De toute façon entre un livre catalan qui te transforme et un livre japonais qui te caresse l'âme, je baisse les armes. Tu ne pourrais qu'être déçu, maintenant.

      Mince, si j'avais su, je t'aurais envoyer un livre moyen où tu pouvais dire "bof-bof"... où tu pouvais me lancer à la face "bien, mais tu ne m'as pas excité, encore moins passionné mon cœur andalou"...

      Supprimer
    3. Non s'il te plait ne t'arrête pas... je sais très bien mentir tu sais :

      Franchement le_Bison ton choix était médiocre, j'espère que ta prochaine lecture sera plus excitante, et je pense que ce ne sera pas trop difficile !

      Je suis convaincante ?

      ;D

      Supprimer
    4. ;-)
      ça me rappelle une autre discussion où j'aboutissais à cette même conclusion : tu as tous les atouts pour me convaincre...

      Supprimer
  5. Bonjour Cristina G, pour le moment, je n'ai vu que le film vu à sa sortie. J'ai aimé son étrangeté. Bonne après-midi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai bien envie de le voir aussi et l'ambiance m'a l'air bien fidèle au livre.

      Merci Dasola. Bonne soirée!

      Supprimer
    2. En fait, la curiosité me pousserait à voir son adaptation cinématographique. Mais comme je me faisais un film à chaque page, je ne suis plus si pressé que ça de le voir. J'imaginais les scènes, l'histoire défilait dans ma tête. Un peu voyeur, je regardais cette piscine et ce couple. Et je percevais l'étrangeté de leur relation. Oui, le film est déjà dans ma tête. De là, à m'imaginer en taxidermiste...

      Supprimer
    3. Tu as raison, quand j'ai vu le mot "taxidermiste" je me suis dis : non ça va pas être possible et puis immédiatement, à la seconde, son personnage t'embarque et tu n'as qu'une envie, chausser des escarpins noirs et te laisser guider !

      Supprimer
    4. Bon sur le coup, je n'avais pas d'escarpins noirs...

      Supprimer

" La vie est là simple et tranquille. "
Paul Verlaine

" Le plus difficile n'est pas d'avoir mal, mais de renoncer au bonheur. "
J.P.P

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...