mardi 3 mars 2015

9 semaines ½

Elisabeth McNeill, 1978

Titre original :
Le corps étranger

Editions :
Le Livre de Poche
190 pages



« Le masochisme est celui qui vit l'attente à l'état pur. »
Gilles Deleuze



Quand j’ai vu ce roman, bien en vue, sur une étagère de la FNAC, je me suis dit que c’était un signe pour me l’offrir. J’ai vite compris que le roman allait au-delà des images fleur-bleue de Mickey Rourke et Kim Basinger. Plus dans le sadisme. Plus dans le masochisme. Plus dans l’acte, la domination, le laisser-aller et le lâcher-prise.

Il ne s’agit pas d’une romance mais bien d’un fragment de vie de l’auteure aussi irréel qu’un rêve. 9 semaines ½  de relation intense, passionnelle et cruelle. Une parenthèse isolée, mais suffisante pour la mener au bout de ses limites, au bout de l’inconcevable...

Ingeborg Day alias Elisabeth McNeill change de nom pour l’écriture de ce livre, afin de protéger sa fille alors adolescente. Elle met sur papier une liaison sadomaso, une rencontre qui la marquera dans sa chair à jamais.

Alors qu’elle se  soumet par amour et fascination, lui est dans le sadisme pur et dur. Elle ne représente qu’un objet sexuel, de brimade et de torture. Il ne lui fait pas l’amour, il la baise ne prenant du plaisir que dans la domination, la souffrance et le contrôle. Les scènes de cruauté vont crescendo et entraîne sa victime à dépasser les frontières de l’inacceptable. Elle est sous son emprise et devient accro à cet homme, à sa perversité et à la jouissance de son propre corps comme un drogué peut l’être à l’héroïne.  

« Mon cerveau est complètement bloqué par les spasmes convulsifs qui agitent mes muscles. Il masse mes seins ; j’ai du mal à respirer par le nez, car les larmes l’emplissent. […] La terreur soudain m’envahit : Je suis persuadée que je vais étouffer. Oui je vais étouffer, je vais mourir… Il écarte mes jambes ; cela me tend encore plus. Je hurle. Un son faible s’échappe de mes lèvres bouchées, semblable à une corne de brume dans le lointain. Pour la première fois de la soirée, il paraît intéressé, et même fasciné. Ses yeux sont tout près des miens ; quelque chose passe et repasse très légèrement sur mon clitoris. Ses doigts sont pleins d’huile ; je continue à crier, mais mes cris de douleur se transforment et peu à peu se confondent avec ceux - assez semblables - que je pousse quand je jouis. Et finalement je jouis. »

Cette histoire m’a fasciné par la justesse du ton de l’auteure. A travers ces pages, elle livre, sans gêne et sans tabou, son histoire, comme pour exorciser cette liaison. Jusqu’où pouvons-nous aller par amour ?  Que peut-on accepter ? Quelles sont nos limites ? Ingeborg Day  va se révéler à elle-même en se noyant dans la souffrance, l’humiliation et la dévotion qu’elle porte à son amant. Ce n’est pas elle qui met fin à cette idylle mais bien son corps qui abdique, ne la porte plus et tire la sonnette d’alarme.

« Oui les nuits étaient réelles, et dures, tranchantes comme des rasoirs, lumineuses et clairement dessinées. Paysages différents, contrées différentes ; chaleur, crainte, froid, plaisir, faim, souffrance, désir, volupté, débordante, envahissante. »

Si apparemment les nuances de gris ne remportent pas tous les suffrages critiques, il a eu le mérite au moins de faire rééditer ce roman un peu oublié des années 80, tant le film à pris le dessus sur son double littéraire.

« La douleur était toujours un prélude au plaisir, conduisait toujours, par un chemin plus au moins long à l’orgasme ; elle devenait pour moi aussi sensuelle, aussi désirable, aussi essentielle à l’acte d’amour que les caresses. »


9 semaines ½ ou comment rendre 50 nuances de Grey bien fade ! 


½ WEEKS-POST IT


« Quand mon corps a recouvré son équilibre normal, j'ai couché avec un autre homme, et je me suis aperçue que mes mains gisaient inertes sur les draps. J'avais oublié ce qu'on pouvait faire avec elles. Certes, je suis de nouveau une adulte responsable. Mais j'ai l'impression que quelque chose s'est physiquement détraqué en moi. Des années ont passé, et je me demande parfois si mon corps pourra jamais enregistrer autre chose que des sensations tièdes et moyennes. »
Elisabeth McNEILL (Ingeborg Day), 1978


« Son héritage me console et m'inspire : il est la preuve que même après une période très difficile nous pouvons tous reprendre en main notre destin et que nous avons le choix. »
Ursula Day, février 2014 

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8 commentaires:

  1. Tu en parles drôlement bien ! Je l'ai vu chez mon libraire sur la table des livres à offrir pour la St Valentin. M'étonnerait qu'il l'ait lu !

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    1. M’étonnerait qu’il l’ait lu aussi. A mon avis il doit confondre Amour et soumission.
      D’ailleurs à ce propos je suis très en colère que l’on puisse faire cet amalgame entre : Aimer passionnément, charnellement et Aimer à la destruction. Quelle idée de sortir des livres pareils ou des films sous le thème de la St Valentin. De quoi donner des complexes à n’importe quel homme, n’importe quelle femme, n’importe quel couple !
      D’un côté on te met des lois pour interdire la fessée (ce à quoi je suis d’accord) et de l’autre on laisse visionner n’importe quel film sans censure avec des « vas y frappe moi, défonce moi, flagelle moi, torture moi, Oooohhh ouiii encore, je t’aime ».
      Comment un jeune adolescent peut se projeter en Amour et se construire après ça ? Pfffttttt

      Ceci dit, j’ai adoré l’histoire, parce qu’elle est vraie et que cette femme m’a touchée en révélant ce qui l’a tant fait souffrir même au delà de cette liaison. Un très beau récit surprenant et émouvant. Je n’ai mis aucun lien concernant le film parce que justement nous sommes très loin du film, très loin d’une Love Story, très loin de l’image de la St Valentin !
      C’était mon coup de gueule du mardi, merci Jérôme de m’avoir donné l’occasion d’ouvrir ma gueule ;-)

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  2. En ayant vu le film de nombreuses fois, je n'imaginais pas ce roman aussi dur, aussi virulent, autant dans la violence. Même si je me doutais que l'image du film, un peu fleur bleue du film, une idylle passagère et passionnée de 9 semaines et demi où le plus cru semble être un glaçon qui fond entre les seins de Kim Bassinger, était bien loin du roman originel.

    Cela a du être quand même une lecture éprouvante, moi qui aurait pensé à une lecture plus croustillante...

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    1. A dire vrai elle n'était pas éprouvante du tout parce que j'étais dans la curiosité et je voulais savoir à quel moment elle aurait ce déclic de dire NON ! C'est son corps qui le lui dira.

      Là où j'ai trouvé éprouvant c'est qu'elle l'aimait et lui n'était que dans la domination !

      Elle et lui n'étaient pas au même rendez-vous !

      Il y a des scènes croustillantes mais désolé pas celle du glaçon !

      Mais si tu veux regarder par le trou de la serrure ce livre peux voyager ;-) Il faut juste que j'enlève mes post (co) it

      :D

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  3. C'est vrai que le souvenir que j'ai de ce film est bien éloigné de ce dont semble parler ce roman...
    ♪ ♫ "You can leave your hat on...." ♪ ♫ ♪ ♫

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    1. Voilà à quoi est réduit ce film... à une simple scène de strip-tease !!!!!

      Espèce de mÂle !!!

      ;-)

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  4. Je ne savais pas que ce film était tiré d'un livre... Du coup je suis curieuse de voir de quoi il retourne tu penses bien ^^

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    1. J'en doute pas une seconde ;-)

      Merci Noukette ! :D

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