dimanche 26 mai 2013

Le Bleu est une couleur chaude

Julie MAROH
Prix du public Angoulême 2011
Adaptation Cinéma Octobre 2013

Editeur : Glénat
(Cadeau)


 
 

«Bleu encre, bleu azur, bleu marine, bleu klein, bleu cyan, bleu outremer, le bleu est une couleur chaude.»
 

Mais la vie, parfois, est un gros hématome. Comment vivre pleinement une histoire d’amour quand tout fait entrave sur le chemin de la vie, les amis, l’entourage, la société et même sa propre famille ? Et bien je vous le dis sincèrement, c’est une histoire qui est vouée à l’échec. Pourquoi ? Parce que les gens qui ne rentrent pas dans le moule n’ont pas droit au bonheur, ainsi va la société et la société, c'est NOUS.

A 16 ans, l’âge des révélations et des métamorphoses, du complexe du homard, il est extrêmement difficile d’aimer, de s’aimer, de voir son corps changer. Tout n’est qu’effervescence et c’est dans cette vulnérabilité que Clémence se rend compte de sa différence. Clémence n’est pas attirée par les garçons et refoule l’attirance qu’elle a pour Emma, Emma et ses cheveux si bleus.  Pourtant, elle devra se rendre à l’évidence et accepter son homosexualité, envers et contre tous. Rien ne sera plus comme avant, son chemin sera semé d’embuches, de doute et elle devra se battre pour vivre et survivre.
 
L'envie d'elle, envie d'être dans ses bras, de la caresser, l'embrasser, qu'elle
le veuille aussi, qu'elle me veuille.

C’est au prix d’une très grande souffrance que Clémence vit cette mise à l’écart. Elle défiera les préjugés, le regard des autres, le mépris, les sarcasmes, le rejet de ses parents. Pour vivre heureux vivons cachés, mais combien de temps ? Aura-t-elle ce temps nécessaire afin d’être heureuse et faire accepter sa différence ? Tout au long de ce récit,  intense et débordant de vérité, nous vivons le combat de cette  jeune fille fragilisée par l’incompréhension de son entourage. Clémence nous peint son quotidien dans une société qui accorde peu de place à la différence, les homos, les gros, les maigres, les vieux, les laids, en revanche pour les cons...

Ce "one shot" est sublime par son écriture, son esthétisme et son graphisme. Les personnages sont expressifs et émouvants. Les quelques scènes d’amour sont touchantes et d’une douceur extrême. Des  nuances de gris dominent, parsemées de-ci de-là par un dégradé de bleu qui saisit l’instant. Cette première œuvre réussie de Julie Maroh aborde avec pudeur et sensibilité le sujet de l’homosexualité féminine. Elle met un grand coup de pied dans la fourmilière et dénonce sans tabou et faux semblant les méprises et les injustices envers la différence. Certaines répliques de cet album choquent et scandalisent :
 […] C’est des vrais pervers, des malades…. une grosse gouine…tu aimes faire des trucs dégueu’…ça me donne envie de gerber […]
Notre société puritaine nous inculque des valeurs et des clichés prédéfinis dés notre enfance : Il était une fois une Barbie hétéro, belle, mince, (désolée les grosses ça marche pas) tantôt infirmière,  tantôt baby doll. Elle aimait Ken grand, fort, bronzé avec de vraies tablettes de chocolat (hé ho, j’ai payé, je veux « the must » pour mon image). Ils jouaient tous deux au Monopoly pour devenir très riche, (et ouais si tu es pauvre ça marche pas non plus), alors si toi tu es homo, grosse, laide «you lose» direction la prison sans passer par la case départ, ben quoi c’est un jeu de société.
Et si dans la caisse de la communauté je tirai la carte de LA TOLERANCE et dans le paquet de la chance celle de L’AMOUR ? Il est pourtant si facile d’inculquer de vraies valeurs !
 

«Il n’y a que l’amour pour sauver ce monde. Pourquoi j’aurais honte d’aimer ?»

Clémence nous dit ses maux bleus, ses maux qu’elle dit avec les
yeux, des maux qui ne vous laisseront pas de glace.
 

Tu es bien placée pour savoir que l'amour ne répond pas  la morale qu'on t'a apprise !


Merci à mon io pour ce bleu intense ainsi qu'à ma tête de thon et sa gomme magique toujours présent pour effacer mes fautes et mes débordements.  

 
**************************

6 commentaires:

  1. Merci pour cette critique émouvante et grave à la fois !
    On pourrait peut-être la faire parvenir à quelques politiques ou à une fausse blonde en mal de célébrité ?...

    "Sick, sad, world..."

    RépondreSupprimer
  2. Merci manU, l'intolèrance un sujet qui me tient à coeur...

    "Sick, sad, world"?

    C'est plutôt

    "Sexe, sun and city" pour nous endormir ...

    RépondreSupprimer
  3. Tu sais quoi...? j'avais cette BD dans les mains samedi à la bibli...et j'ai préféré prendre "David les femmes et le mort"...un peu bête j'ai été...rien ne m'empêchait de prendre les deux...ton billet est très bô...comme d'hab...je le lirais ce roman graphique c(est sûr...biz

    RépondreSupprimer
  4. Merci Jacky ^^

    Ce roman va te plaire j'en suis sûr ;) j'attend ton billet avec impatience :D

    RépondreSupprimer
  5. Belle critique comme souvent. J'ai particulièrement apprécié le paragraphe sur notre société puritaine et ses clichés. Tellement cruel, mais malheureusement tellement réel. Dur notre monde, heureusement que certain(e)s y mettent quelques touches de bleu pour y apporter un amour qui guérit les maux, tous les maux, mêmes les bleus, les maux bleus.

    RépondreSupprimer
  6. Merci^^

    "Tellement cruel, mais malheureusement tellement réel".

    Tout est dit :(

    Un gentil et joli com qui met du bleu dans mes yeux ;)
    Une brune aux yeux bleus.......ohhhhhhhhhhhhhhh :D

    RépondreSupprimer

" La vie est là simple et tranquille. "
Paul Verlaine

" Le plus difficile n'est pas d'avoir mal, mais de renoncer au bonheur. "
J.P.P

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...