mercredi 6 mars 2013

Les Lettres de mon Moulin

Alponse Daudet
Edition Hachette Librairie
1936




          
 



    
 
 
 
 Ma très chère Hélène,
 

Ce 1er mars je suis allée faire un petit tour à EMMAÜS. J’aime chiner dans ce grand bazar toujours à l’affût du coup de cœur qui va illuminer ma journée. La semaine dernière j’avais remarqué des petits classiques très anciens de la  LIBRAIRIE HACHETTE. Mon attention s’est néanmoins, furtivement, portée sur autre chose mais depuis je n’ai cessé de penser à cette petite collection. Quel regret ! Alors j’y suis retournée avec l’espoir de  trouver mon bonheur et un partage, clin d’œil, pour une personne qui m’est très chère.
J’arrive à l’ouverture. Ces allées livresques s’offrent à  moi et là je vois le rayon des livres anciens. Je suis déjà toute excitée à l’idée de fouiller et feuilleter. Ma musique dans les oreilles, Chopin est à l’honneur. J’enlève ma veste. Délicieusement  je m’assieds en tailleur et là je m’offre ce moment cérémonial : je prends les petits manuels un à un, lentement, doucement et me voilà partie à la recherche du livre qui m’attend depuis tant de temps. Cet instant unique n’appartient qu’à moi.

Mon dévolu tombe rapidement sur un petit recueil de «Poésies choisies» de Lamartine que je  connais peu, l’occasion se présente à moi de faire plus ample connaissance. Mais il n’est pas le coup de cœur que j’espérais, alors je continue ma poursuite encore et encore, presque déçue, mais je ne désespère pas, je sais qu’il est là, quelque part entre les pages, les phrases, les mots, les points et les virgules et soudain voilà qu’il vient se poser délicatement , tel un papillon, sur mes mains comme une évidence.


C’est votre livre, Hélène, que j’ai choisi pour mon ami. Ce petit recueil que vous avez choyé avec amour et tendresse. Je le devine  par sa qualité. Aucune page cornée,  aucune rature. Il ne porte que le poids des années passées  et en haut à droite de la première page on peut  lire votre  prénom écrit de votre main et le chiffre 38. Hélène, quel prénom si doux ! Ce livre vous avez du l’acheter ou peut être vous l’a-t-on offert il y a 75 ans déjà. Nous sommes en 1938, l’année de l’émancipation de la femme mais aussi l’année de la folie des hommes, de ses horreurs et de tous les regrets.

Cette édition date de 1936, adressée à la jeunesse, au vu du questionnaire que l’on peut voir en fin de livre. Étiez-vous écolière en jupe plissée bleue marine, petites socquettes blanches et chaussures vernies ? Comme c’est émouvant de savoir qu’il est le témoin  d’une d’histoire, d’un passé  heureux et tragique à la fois. J’ai relu, avec plaisir, quelques lettres au hasard et à chaque fois  je reconnais cette joie de vivre et cette solidarité si présente dans le midi. Ce livre était-ce une façon de vous  évader du tumulte de la guerre ?

Les lettres de mon moulin me remémorent mon enfance. A chaque histoire une petite morale à retenir. On y découvre la soif de liberté de "La Chèvre de Monsieur Seguin", un des sept péchés capitaux est à l’honneur dans "Les trois messes basses" et confirme que la gourmandise vient quand on a plus faim. Et ce lien humain qui pousse les gens à s’entraider dans "Le Secret de Maître Cornille", que c’est beau ! Tous les sentiments d’amour et de colère sont présents dans ce recueil et nous rappelle combien l’homme peut être fort et si vulnérable.


 
Je les connais pour les avoir aimées et étudiées à l’école mais également pour avoir habité durant des années non loin de ce Moulin à Fontvieille. J’y suis allée maintes fois me ressourcer au pied de ce bâtiment aux quatre ailes de géant. J’ai flâné sur les traces de Daudet là où son inspiration fut si féconde. Comme je comprends, il fait tellement bon se reposer à Fontvieille.  Quand le Mistral fait des siennes, son souffle nous ramène les vestiges du passé, alors on peut entendre le joueur de fifre et la voix  de monsieur Seguin  «reviiiiiiens Blanquette reviiiiiiens» et cet accent du midi si chantant à mes oreilles et si doux à mon cœur. Ces jolis contes provençaux sont immortalisés dans de très beaux films de Marcel Pagnol avec Fernandel et bien d’autres enfants du pays.




Comme je regrette la Provence, le chant des cigales, l’écho des Alpilles, les oliviers et ses magnifiques sentiers caillouteux qui sentent bon la garrigue, le thym et la lavande. 

Moulin de Daudet- Fontvieille-Alpilles-Bouches du rhône
 

 
Merci Hélène, ce livre va revivre quelque peu à travers lui. Je vous imagine feuilleter de vos doigts délicats ces pages et sachez que désormais ses traces se mêleront  aux vôtres pour mon plus grand plaisir et le sien. J’ai joint un peu de moi dans ce recueil, un petit moment d’égarement de ma vie, pour faire un peu partie de la votre. Où que vous soyez Hélène, ici bas ou ailleurs, soyez sereine, votre recueil est à présent sous le regard bienveillant et les mains affectueuses de cette belle personne.


 
Je voulais vous rendre ce petit hommage et peut être qu’un jour, qui sait, aurons-nous l’occasion de nous reconnaître au pied de ce moulin. Vous me raconterez ce que fut votre vie et moi je resterai là à boire vos paroles et peut être, nous tiendrons nous la main.

Alors comme aurait pu dire l’auteur du «Le Petit Chose»

 A Ben Léu!

Bien à vous

«Où serait le mérite, si les héros n’avaient jamais peur
A-Daudet

 

                                                                                                               Cristina




Provence- A.Daudet et F.Mistral


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10 commentaires:

  1. Souvenirs, souvenirs... Les Lettre de mon moulin, étudiées au collège je crois...
    Livre, billet, de belles émotions, merci ! :)

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  2. Merci à toi ce fut un réel plaisir ce partage :D
    Et merci à Hélène où qu'elle soit .....:)

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  3. La lecture de ce billet offre son joli moment de poésie et de douceur...je suis intimement convaincu que certains livres nous attendent...avec leur histoire et celle de leurs lecteurs...
    Prenons le temps de chercher...
    Merci Hélène ...merci Christina...et merci Monsieur Daudet....

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  4. Et merci Jacky !
    Bonne soirée :D

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  5. C'est vrai que l'on trouve de véritables perles à Emmaus et là tu as su mettre la main sur un trésor !

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  6. Oui c'est vrai, quand jai eu ce petit livre entre les mains, c'était celui là et pas un autre. J'ai vu le prénom "Hélène" et ma lettre a commencé à germer.

    Bonne journée Cristie

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  7. Merci de votre visite et à bientôt
    Bon WE :D

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  8. Quel étourdi suis-je! J'avais bien entendu apprécié ta critique sur Babelio, lu et relu cette magnifique lettre à Hélène, je ne vais pas répéter ici ce que tu sais de mon ressenti. Je fais simplement un petit détour pour apporter un paraphe sur le registre sacré de l'amitié.
    A bientôt Cristina.
    Michel

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  9. Qu'il y a t'il de plus beau qu'une amitié forte et sincère ? (sourire)
    Merci Michel de ta visite

    A bientôt avec plaisir !

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